Eglises du val de marne diocèse Paroisse sucy noiseau

Paroisse

de Sucy-Noiseau

5ème dimanche de Pâques

dimanche 10 mai

Cinquième dimanche de Pâques


Homélie de Pierre Girard - Diacre





Année A Ac 6, 1-7 ; Ps 32 - 33, 1-2, 4-5, 18-19 ; 1 P 2, 4-9, Jn 14, 1-12
Dans les Actes des Apôtres, St Luc nous fait part de l’apparition de certains problèmes au sein de la communauté chrétienne. Comment harmoniser les différences qui coexistent en au sein des premières communautés sans que ne se produisent des affrontements et des fractures ? Et pour ce faire : « Les apôtres commencent un processus de discernement qui consiste à bien évaluer les difficultés et à chercher ensemble des solutions. Ils trouvent une issue en partageant les diverses tâches en vue d’une croissance sereine de tout le corps ecclésial et pour éviter de négliger aussi bien la « course » de l’Evangile que le soin des membres les plus pauvres. »
La prise de décision dans les premières communautés
Regardons comment les apôtres ont réagi face à cette querelle :
Premièrement : les apôtres convoquent toute l’assemblée des disciples (ecclésia) et c’est en assemblée plénière que la décision sera prise.
Deuxièmement : les apôtres rappellent les objectifs pour rester fidèles aux exigences de la vie apostolique : « la prière, le service de la parole et le service des frères » (Célébrer, Annoncer, Servir).
Troisièmement : les apôtres proposent une nouvelle organisation. Comme quoi, innover n’est pas un manque de fidélité et qu’être fidèle, ce n’est pas rester figé sur le passé. Etre fidèle c 'est garder les yeux fixés sur les trois objectifs, les trois exigences de la vie apostolique : « la prière, le service de la parole et le service des frères »
Le service de l’autel et le service des frères À la fin du confinement, nous allons voir arriver une vague de détresse matérielle, psychique, spirituelle. Nos paroisses doivent se préparer à soulager cette misère. Alors que nous nous préparons à reprendre le chemin de nos églises, le chemin de la messe nous devons comprendre que cela ne pourra se faire, sans se mettre en tenue de service pour nos frères. Nous devons nous souvenir que le jour de l’institution de l’eucharistie est aussi le récit du lavement des pieds. L’un ne va pas sans l’autre. Dis autrement, vie cultuelle et engagement social sont indissociables. Alors, à nous de trouver comment vivre pleinement la célébration eucharistique en nous mettant résolument au service de nos frères. « Au moins cette crise aura eu l’inestimable grâce de montrer à chacun, que pour approcher en vérité de l’autel et y communier au corps du Christ, nous devons d’abord revêtir la tenue de serviteur. Le lavement des pieds est partie intégrante de la réception du pain de vie. Puissions-nous en garder la mémoire.» ²
En effet dans l’eucharistie, nous, les chrétiens, faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ qui est don de sa vie. Dans un même élan, nous nous engageons à donner la priorité au service du frère. C’est cela « l’option préférentielle pour les plus pauvres. Le chrétien essaie de conjuguer « lutte et contemplation » (3) …
Rappelons-nous ce que disait l’Abbé Pierre qui tançait les catholiques pour qui la « Présence » du Christ était « réelle » dans l’hostie mais seulement « symbolique » dans le pauvre auquel Jésus s’identifie et aussi ce que déplorait Mgr Dom Helder Camara, le défenseur des pauvres : " Quand je nourris les pauvres, on dit que je suis un saint. Mais quand je demande pourquoi les pauvres n'ont pas de nourriture, on me traite de communiste ".
La destruction du temple, le vide de nos églises
Dans la deuxième lecture St Pierre nous demande d’être « des pierres vivantes » pour « construire le Temple spirituel ». Le vrai temple de Dieu, non pas celui des sacrifices animaux mais celui où le vrai culte est celui de l’amour et le service des frères.
Culte qui nous été rendu difficile pendant la crise où nos églises se sont vidées. Le vide de nos églises peut nous évoquer le vide du tombeau, mais n’ignorons pas la voix d’en haut : « Il n’est pas ici. Il est ressuscité. Il vous précède en Galilée. » Où se trouve la Galilée d’aujourd’hui (4) où nous pourrons rencontrer le Christ vivant ? Être des chercheurs de ce Dieu qui nous précède invite à découvrir les Galilée d’aujourd’hui auprès de tous les affligés directs et indirects de cette pandémie, car « Il n’est pas ici », là où on l’attendait, ni même là où nous avions peut-être l’habitude de le rencontrer. Là est la Galilée d’aujourd’hui. En ce temps pascal, ne cherchons pas le Vivant parmi les morts. Cherchons-le avec audace et ténacité, et ne soyons pas surpris s’il nous apparaît comme un étranger là où nous ne l’attendons pas.
« Cette époque de vide dans les bâtiments de nos églises révèlera peut-être une certaine vacuité cachée de nos églises et nous obligera à faire un sérieux effort pour aller « aux périphéries » et montrer au monde un visage totalement différent. Nous avons beaucoup trop cherché à convertir le monde et beaucoup moins à nous convertir nous-mêmes.
Alors pourquoi ne pas accepter l’actuel sevrage des services religieux et du fonctionnement de l’Église comme une opportunité pour nous arrêter et nous engager dans une réflexion approfondie devant Dieu et avec Dieu. Cet « état d’urgence » est un révélateur d’un nouveau visage de l’Église. » (5 )Notre église ne doit pas rester dans son isolement, mais doit se libérer de ses frontières et apporter de l’aide là où les gens sont physiquement, mentalement, socialement et spirituellement affligés.
Demain comment accueillir, ouvrir, ré-ouvrir nos communautés, nos chapelles et nos églises ? Il ne s’agira pas de nous dire que nous allons reprendre la vie là où nous l’avons laissée, mais bien de faire entrer en nous les bouleversements provoqués par ce temps et d’en être changés. Dans notre foi comme en nos pratiques, nous laisserons-nous visiter, déplacer, interroger, par ce qui s’est passé, par cet événement venu tout troubler ?
Car quelque chose de nouveau a déjà commencé, nous ne le voyons pas encore. Nous percevons que l’Église telle qu’elle existe aujourd’hui sera passée, dépassée d’ici quelques générations. Interprétons cet isolement forcé comme un temps de purification. « Ne soyez pas bouleversé » nous dit Jésus dans l’évangile de ce jour. Et prions l’Esprit de Saint pour que nous ne « rentrions pas chez nous comme avant» et pour que nous acceptions d’être purifié par le pardon et la miséricorde du Père.

Fatigués de cette pandémie qui nous met en détresse,
Nous disons : Viens fortifier nos corps dans leur faiblesse.
Veni Creator Spiritus, donne-nous la force de la charité,
Et que le pain que nous bénissons soit toujours partagé ! (6)


1 PAPE FRANÇOIS, AUDIENCE GÉNÉRALE, Mercredi 25 septembre 2019 http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2019/documents/papa-francesco_20190925_udienza-generale.html
2 Mgr Benoît de Sinety : https://www.paris.catholique.fr/reprise-des-cultes-que-faire-face.html
3 Frèe Roger, Taizé.
4 Le titre du livre d’entretiens de Mgr Daniel Labille était « Il nous précède en Galilée »
5 Tomas Halik : http://www.lavie.fr/debats/idees/les-eglises-fermees-un-signe-de-dieu-23-04-2020-105809_679.php
6 Extrait d’un poème du père François Glory : poème écrit pendant la pandémie

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