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Paroisse

de Sucy-Noiseau

Homélie du Jeudi Saint

jeudi 29 mars

Jeudi Saint Année B



Ex 12, 1-8.11-14, Ps (115 (116b), 12-13, 15-16ac; 1 Co 11, 23-26; Jn 13, 1-15



« Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce
monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima
jusqu’au bout. » C’est-à-dire jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’accomplissement.
Il est intéressant de noter que l’apôtre Jean a relaté seulement le lavement des pieds,
alors que les autres évangélistes (Mathieu, Marc et Luc) nous ont transmis le récit de
l’institution de l’Eucharistie. Le choix de Jean n’est pas d’écrire le récit d’une autre
Cène. Pour lui le lavement des pieds et l’eucharistie sont l’expression du même don
total que Jésus fait de lui-même et de sa vie pour le salut du monde et le pardon de nos
péchés. Les deux signes (l’eucharistie et le lavement des pieds) sont la mémoire de
l’amour du Christ jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême.
Le service est donc indissolublement lié à l’Eucharistie. Ainsi être pratiquant ne
consiste pas seulement à aller à la messe mais consiste aussi à communier à la détresse
et aux besoins de ceux que la vie maltraite. Le service est eucharistie quand il est visite
de malades, attention fraternelle vis-à-vis des SDF, des Roms et des étrangers, service
de table aux « restos du coeur », aide aux devoirs, ou cours d’alphabétisation. etc
A la lecture de cet évangile, on est en droit de se poser la question suivante : pourquoi le
lavement des pieds n’est-il pas un sacrement à part entière ? Il s’agit bien là d’une
demande du Christ qui nous invite à répéter le geste. Le lavement des pieds a tout d’une
institution en bonne et due forme. La raison en est sans doute que ce signe fort est moins
un rite à accomplir qu’un état d’esprit à vivre en permanence. L’Évangile nous demande
de « rester en tenue de service ».
Jésus a donc choisi un geste familier et ordinaire pour nous rappeler que l’amour
fraternel s’inscrit dans les gestes quotidiens. La vie de famille est un lieu de services qui
passent souvent inaperçus. Les gestes des soignants qui se penchent sur les corps blessés
des malades, l’aide apportée aux pauvres par les membres d’associations caritatives,
l’écoute patiente, le temps donné, un sourire offert et la considération manifestée aux
humiliés de la vie, sont autant de lavements de pieds où s’exprime l’amour pour le
Seigneur et pour ses membres souffrants. « Plus tard tu comprendras » disait Jésus à
Pierre réticent. Et nous, aujourd’hui, avons-nous compris ? La réponse n’est pas que
dans la participation à l’Eucharistie. La réponse est dans notre vie.
Jésus se met à genoux devant ses apôtres, et Il leur lave les pieds. Geste suprême du
service. Et Il le précise bien: ceci est un exemple, et un exemple à imiter. “Faites, vous
aussi, comme j’ai fait pour vous”. Voilà ses derniers mots, ce soir, au moment d’entrer
dans sa Passion. Et ces paroles nous engagent ! Nous sommes en effet de ceux qui
L’appellent Maître et Seigneur. Il nous faut donc “nous laver les pieds les uns aux
autres”. Bien sûr, l’exemple n’est pas à reproduire à la lettre…
Lorsque, sur les trottoirs de nos cités, ou dans le métro, nous passons à côté des exclus,
de ces êtres humains si défigurés par la saleté et la misère, que nous nous rassurons en
pensant que le SAMU social est là pour ça, ainsi que de nombreuses associations
humanitaires, dont les bénévoles dévoués nous rappellent souvent que les chrétiens ne
sont pas forcément meilleurs que les autres…
Ce que Jésus nous demande, c’est d’épouser sa manière d’être qui est entièrement
donnée pour les autres, c’est de servir, inlassablement, l’homme, tout homme, en son
Nom à lui. À nous, donc, d’inventer les petits gestes qui réconfortent, qui aident, qui
relèvent l’homme dans sa dignité, et qui permettent à l’amour de Jésus de s’incarner
pour les hommes et pour les femmes d’aujourd’hui. Le pape François dans la joie de
l’évangile attirait notre attention en disant que : « Certains voudraient un Christ
purement spirituel, sans chair ni croix » (EG 88)
Lorsque nous écoutons cet évangile nous avons l’habitude de poser notre regard sur
Pierre. Ce soir je vous propose de poser notre regard sur un autre disciple à qui Jésus a
aussi lavé les pieds. Je veux parler de Judas. Jésus a lavé les pieds de celui qui dans
quelques instants va le trahir.
L’originalité de l’Évangile se trouve dans ce triple commandement que Jésus met en
oeuvre ici à l’égard de Judas : « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous
persécutent, bénissez ceux qui vous maudissent ».
L’originalité de l’Evangile c’est que nous ne sommes pas seulement appelés à un
humble service caritatif, nous sommes appelés à l’amour de nos ennemis dans la
confiance que leur salut, comme le nôtre, a été acquis une fois pour toute lorsque Jésus a
pris sur lui le péché du monde, et chargé de tout son poids, Il n’a jamais douté ni de son
Père, ni de qui que ce soit, ni même de Judas dont il a lavé les pieds ce soir-là.
Nous, nous en sommes bien incapables de laver les pieds de ceux ou de celles qui nous
dérangent, qui ne pensent pas comme nous. Nous sommes trop soucieux de notre image
et pas assez confiants dans l’Amour que nous porte notre Père. Jésus seul, peut vivre
jusqu’au bout cet amour des ennemis, sûr que l’histoire de la création va vers la
réconciliation dans l’achèvement du Royaume, « jusqu’à ce qu’il vienne ».
Accueillir le récit du lavement des pieds le jour de la fête de l’institution de
l’eucharistie, c’est célébrer la possibilité que nous avons d’entrer dans cette dynamique
de réconciliation toujours possible.
En effet nous devons nous laver les pieds dans le sens où nous devons nous aussi nous
pardonner les uns les autres. Pour cela acceptons de nous laisser saisir davantage par le
Christ, chaque fois que nous viendrons communier à son corps et à son sang.
« C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai
fait pour vous. »